Qu’en dit-on en Colombie-Britannique ?

Publié le

Bonjour tout le monde,

Voici un texte paru dans un journal francophone de la Colombie-Britannique paru ce mercredi 26 octobre. Cela me fait doublement plaisir de le partager avec vous car, il a été rédigé à l’attention des francophones de cette province, et parce qu’il se réfère à ce qui se dit actuellement au Canada.  Il est à noter quand j’écris « actuellement », c’est effectivement le cas étant donné que la date de parution est … ce 26 octobre 2011.

Bonne lecture!

Rolland St-Gelais

Une sexualité reconstruite!

Plus de 2 millions de personnes sont handicapées physiques au Canada. Pour ceux et celles qui l’ont toujours été ou qui le sont devenus à la suite d’un accident ou d’une maladie, avoir une vie sexuelle signifie devoir faire face à de nombreux défis.

«Comment vais-je pouvoir mener une vie sexuelle ? », c’est souvent la première question que se pose une personne après un accident qui la laisse handicapée, selon le Dr Kim Anderson qui a effectué des recherches sur le sujet (1). Retrouver des fonctions sexuelles normales est le premier souhait des personnes paraplégiques, avant même le fait de pouvoir remarcher. Dans les esprits, la question de la sexualité pour les handicapés moteurs signifie souvent de plus gros obstacles d’ordre technique, c’est-à-dire liés à la perte de sensibilité des parties génitales ou à l’impossibilité d’effectuer des positions sexuelles.

Pourtant, s’il est vrai que le répertoire sexuel peut être très limité, même un paralysé des quatre membres peut ressentir du plaisir sexuel et même un orgasme. « Des tétraplégiques peuvent, par exemple, avoir du plaisir rien qu’en étant caressé sur la nuque, d’autres avoir un orgasme rien que par le biais de la visualisation », explique Brad Jacobsen, coordinateur pour la BC Paraplegic Association et lui-même paraplégique après un accident survenu alors qu’il avait 24 ans.

Si bien que les professionnels sont catégoriques : c’est le regard posé sur les handicapés par la société qui représente la plus grande difficulté. « Ce que se demandent les personnes devenues handicapées suite à un accident est : “Qui va vouloir de moi désormais ?” », raconte le Dr Marie Carlson, praticienne en santé sexuelle au centre de rééducation GF Strong de Vancouver. La société a, en effet, tendance à oublier que les personnes handicapées sont avant tout des personnes, qui ont des fantasmes et du désir comme tout le monde. Certains les considèrent même comme des êtres asexués.

Pour Laurence Parent, handicapée de naissance et vice-présidente  de RAPLIQ, un organisme communautaire québécois pour les handicapés, le regard des autres et leurs préjugés sont difficiles à vivre. « Les gens font des remarques désobligeantes, si tu es en couple avec un handicapé, ils disent : “Elle a rencontré un partenaire comme elle” ». C’est dur de se faire dire que les autres pensent qu’on est ensemble car on est des handicapés ».

Cherche partenaire

Pour les personnes handicapées, être  en couple au moment de la survenue du handicap n’est pas forcément un soulagement. Le partenaire valide peut avoir du mal à faire le deuil de sa vie sexuelle. Parfois, la rupture s’impose, comme pour Brad qui, après son accident, a rompu avec celle qui était sa compagne depuis deux ans. « Ma copine était très affectée par ce qui m’arrivait, si bien que je m’inquiétais pour elle et ne pouvais me concentrer sur ma rééducation. »

Pour ceux qui sont célibataires, trouver un partenaire n’est pas facile. On pourrait penser qu’être avec une autre personne handicapée est plus facile mais, dans la réalité, cela ne contribue pas forcément au bien-être sexuel. Un partenaire handicapé sera plus ouvert et plus compréhensif mais sur le plan technique, être avec une personne valide facilite les rapports. Pour trouver des partenaires sexuels, certains se rendent sur des sites Internet de rencontres à destination des handicapés. Au final, trouver quelqu’un pour un soir est plus facile que de trouver le compagnon d’une vie.

Des gens peuvent aussi parfois avoir une curiosité malsaine. Geoff, handicapé depuis près de 25 ans à la suite d’un plongeon, confie qu’il lui est arrivé deux fois de réaliser que « son partenaire voulait juste voir ce que ça faisait » de faire l’amour avec une personne handicapée. D’après Brad, il n’est pas rare que des relations se créent entre un handicapé et son auxiliaire de vie, qui au fil du temps ont développé des liens très forts, empreints de confiance et de connaissance de l’autre. Certains se marient et ont même des enfants.

Une réalité diverse

La sexualité des personnes handicapées varie beaucoup d’un cas à l’autre. Deux personnes avec le même handicap n’auront pas les mêmes sensations physiques. De plus, il est plus facile pour un homme que pour une femme de trouver un partenaire et ces dernières sont plus souvent victimes d’abus et de maltraitances.

Pour Geoff, qui est homosexuel, être gay complique la situation car le regard de la communauté gay sur les handicapés est  plus négatif que les hétérosexuels. « J’ai du mal à l’admettre mais généralement, la communauté gay est encore plus centrée sur l’apparence physique et le fait d’être jeune et beau. » Et puis, Brad Jacobsen souligne que le problème de l’accessibilité des lieux publics et la faiblesse des revenus des handicapés qui ne peuvent travailler sont des facteurs défavorables à leur épanouissement sexuel car ils limitent leur vie sociale et donc leurs occasions de rencontres. Parfois, c’est également la famille qui fait obstacle, notamment pour les adolescents handicapés.

Enfin, pour ceux qui vivent dans des institutions, mener une vie sexuelle est encore plus difficile du fait du manque d’intimité, les chambres ne fermant pas forcément à clé ou étant partagées avec un autre pensionnaire, et de l’attitude d’une partie du personnel soignant. Ainsi, relate le Dr Marie Carlson : « Nous savons qu’il y a de l’activité sexuelle dans les institutions mais nous savons aussi que dans certaines, la question de la sexualité des handicapés est complètement ignorée ou sujette à des moqueries ou des plaisanteries douteuses de la part de certains membres du personnel. »

La sensualité avant tout

Pour de nombreux handicapés, avoir des rapports sexuels n’est pas ce qui compte le plus, ce qu’ils désirent c’est partager une intimité avec quelqu’un. Comme le résume Geoff : « La sensualité me manque plus que la sexualité. »   Certains qui ont été handicapés toute leur vie, comme les infirmes moteurs et cérébraux, n’ont jamais été touchés de leur vie à part lors des soins ou lors des tâches de la vie quotidienne comme la toilette.

Redécouverte

Au final, malgré tous ses obstacles et préjugés, des handicapés parviennent à mener une vie sexuelle plaisante. Cela passe, pour ceux qui n’ont pas toujours été handicapés, par l’acceptation qu’elle ne sera plus comme avant et par le fait de trouver des façons différentes de ressentir du plaisir. Pour cela, les maîtres-mots sont créativité et communication avec son ou sa partenaire. Ainsi, selon Kate McBride, coordinatrice au service de santé sexuelle du centre de rééducation GF Strong, « certaines personnes disent qu’elles ont une vie sexuelle plus riche après leur accident car elles apprennent à explorer d’autres parties de leur corps et de nouvelles façons de communiquer ».  ■

par Fanny Bourel

Source : http://www.lexpress.org/dossiers/sexualites-taboues/une-sexualite-reconstruite/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s