Un sujet peu abordé : l’asexualité

Publié le

Les asexuels sortent du placard et trouvent une communauté

Asexuals leave the closet, find community

Demian Bulwa
San Francisco Chronicle
24 août 2009

N’étant pas attirée par les garçons, Cathy Roberts s’est dit à l’adolescence qu’elle était timide. A l’université, elle s’est dit qu’elle n’était pas prête. Plus tard, quand un thérapeute l’a persuadée d’entreprendre un chemin vers la découverte du sexe, elle n’a pas voulu faire les exercices les plus timides. Ce n’est qu’à la quarantaine qu’elle a conclu qu’elle était asexuelle, simplement pas intéressée par le sexe, et n’assimilant pas le sexe à l’amour.

Cathy Roberts a ainsi émergé de plusieurs années de confusion. Et en juin, elle a défilé avec deux douzaines d’autres asexuels lors de la Pride de San Francisco.

C’était un coming out inhabituel : à un événement qui célèbre le sexe dans tous ses aspects, un groupe déclare son intention de n’en vouloir aucun.

Cette action montre combien une identité sexuelle est vitale pour l’estime de soi. Mais l’émergence publique des asexuels suscite des interrogations auprès des chercheurs spécialisés dans la sexualité, concernant l’identité sexuelle, ainsi que le lien entre les sentiments, que de nombreux asexuels ressentent, et l’attirance sexuelle.

« Nous ne sommes pas détraqués »

« Cela pose question sur la nature de l’amour », dit Anthony Bogaert, un sexologue de l’Université de Brock dans l’Ontario, au Canada, qui a estimé la prévalence de l’asexualité en 2004 à partir d’une étude sur des Britanniques, dont 1% a rapporté ne s’être jamais senti attiré sexuellement par quiconque.

David Jay, un résident de San Francisco âgé de 27 ans, explique : « Nous avons besoin de savoir que nous ne sommes pas détraqués. Toute ma vie, on m’a dit qu’on a besoin de sexe pour être heureux ».

La Pride était une étape importante pour Jay, un étudiant à la Presidio School of Management. 9 ans auparavant, il avait créé AVEN, en tant qu’adolescent qui n’arrivait pas à comprendre pourquoi tout le monde sauf lui était si déterminé à perdre sa virginité.

Etre respecté

Jay et la communauté asexuelle sur Internet, qui comprend 30.000 membres dans le monde entier, ne cherchent pas à créer de nouveaux droits civiques. Ce qu’ils veulent, c’est être respecté dans une culture obsédée par le sexe.

L’asexualité n’a été qu’occasionnellement étudiée, mais les quelques chercheurs qui l’ont examinée de près ces dernières années disent qu’elle peut être une identité sexuelle similaire aux identités hétérosexuelle, bisexuelle ou gay.

Le docteur Lori Brotto, une experte en sexualité à l’université de Vancouver, Canada, se disait extrêmement sceptique concernant l’existence de l’A comme orientation sexuelle. Mais en 2007, en étudiant les membres de l’AVEN, elle a découvert non seulement un désir sexuel bas, mais également peu de détresse à ce sujet, parmi ces personnes, contrairement aux personnes ayant des dysfonctions sexuelles et qui cherchent un traitement pour les guérir.

Récemment, Brotto a projeté des films érotiques à une quarantaine de femmes parmi lesquelles, des asexuelles, des hétérosexuelles, des lesbiennes et des bisexuelles. Les réactions physiologiques mesurées lors de ces projections sont identiques chez toutes ces femmes, démontrant qu’il ne s’agit pas d’une dysfonction sexuelle, mais bien d’une question d’orientation sexuelle.

Certains asexuels sont sentimentalement hétéro, gay ou bi, et certains n’ont pas d’attirance sentimentale. Ils sortent ensemble, ou ont des rendez-vous avec des « sexuels », tentant de trouver un compromis au lit.

Cathy Roberts est inquiète de ne pas trouver quelqu’un avec qui vieillir. « Pour moi, elle devra être asexuelle et lesbienne, et ensuite il y a le problème de la compatibilité ».

Pas de culture commune

La naissance du mouvement asexuel a été aussi difficile par absence de marqueurs culturels comme ceux mis en avant par la communauté gay (codes vestimentaires ou bars où se retrouver, par exemple).

C’est dans ce contexte qu’interviennent Internet, grand unificateur de groupes obscurs, et David Jay, jeune, charismatique et beau garçon, un homme qui pourrait trouver avec qui faire l’amour s’il le voulait.

Jay se souvient de sa solitude en tant qu’adolescent, qui l’a poussé à chercher le terme « asexuel » sur le Web. Il n’a trouvé que des recherches sur les amibes. Il a lancé AVEN et se souvient du premier asexuel l’ayant contacté : « Nous avons eu une discussion longue et intense, à parler de toutes ces choses que personne d’autre ne pouvait comprendre ».

Jay aime à penser que les relations non-sexuelles sont aussi gratifiantes et stimulantes que les relations sexuelles.

Il y a d’autres signes de cet élan dans l’importance que prend la communauté asexuelle. Bogaert est en train d’écrire un livre sur l’asexualité, une maison de production new-yorkaise a un documentaire en projet, et en Nouvelle-Zélande, une sitcom met en scène le premier personnage asexuel clairement identifié de la télévision.

Les membres d’AVEN ont un but concret : modifier le DSM lors de sa prochaine parution en 2012 pour qu’il soit clair que l’asexualité n’est pas un « trouble du désir sexuel hypoactif ».

Intimité

Le but premier du mouvement, cependant, est d’atteindre des gens comme Bridget Rodman, une étudiante de 19 ans de San Francisco, qui a parfois des béguins pour des femmes mais aucune envie de coucher avec elles, ce qui pendant des années l’a fait se sentir inutile, même suicidaire. En novembre, celle-ci a découvert le site web d’AVEN, qui la décrivait de façon si précise qu’elle en a pleuré devant son écran.

Avec la découverte est venu le changement. Elle peut désormais être honnête avec les autres, elle peut expérimenter l’intimité et enfin vivre pleinement.

Tiré de :

http://asexualite.blogspot.com/2009/09/les-asexuels-sortent-du-placard-et.html

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